Pékin "repousse" l'installation d'un logiciel pour filtrer l'accès à Internet

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Par le Monde.fr / le 2 juillet 2009

A partir du mercredi 1er juillet, tout ordinateur vendu en Chine aurait dû être doté d'un logiciel permettant de filtrer les images ou les informations à caractère pornographique. Face à la fronde des internautes et au tollé que ce projet a suscité à l'étranger, le gouvernement chinois vient d'opérer un repli tactique en annonçant, mercredi, que cette mesure allait être "repoussée".

Le projet avait provoqué la fureur des défenseurs des droits de l'homme, ceux-ci estimant que le logiciel s'apparentait à de la censure et à une atteinte aux droits de l'individu. Aux Etats-Unis et en Europe, des fabricants ou des responsables politiques se sont émus des limites à la liberté d'expression qu'induirait Lu Ba ("barrage vert d'escorte de la jeunesse"), le nom donné au logiciel.

Des chercheurs de l'université du Michigan avaient redouté que ce même "barrage" ne pose des problèmes de sécurité, car il aurait pu permettre de contrôler les ordinateurs à distance. Microsoft avait invoqué de son côté l'aspect liberticide de cette mesure.

Pékin avait justifié le projet en affirmant qu'il fallait protéger les jeunes de sites "malsains, pornographiques ou violents". Mais la nouvelle de la création de Lu Ba a déchaîné les passions dans ce pays qui compte le plus grand nombre d'internautes de la planète : des sondages ont montré que plus de 80 % des utilisateurs refuseraient d'installer le logiciel qui permet de filtrer des mots tels qu'"homosexualité", "Tibet" ou "Falun gong" (un mouvement religieux interdit).

Sur la Toile, ces derniers jours, une drôle de petite femme au visage de manga japonais a fleuri, dessinée par des adversaires malicieux du projet : vêtue d'un costume vert, couleur du "barrage", on la voit baisser la culotte d'une autre jeune fille qui, dans une chanson improvisée, s'exclame : "Ne me force pas ! Ne me force pas !"

La controverse avait atteint ces derniers temps une telle ampleur que même la presse officielle commençait à admettre l'impopularité de la mesure. Un article publié cette semaine en "une" du quotidien Hua qiu shi bao (Global Times) reconnaissait que la "campagne de communication" du gouvernement avait eu des ratés et que les critiques exprimées "par l'opinion publique ont coïncidé avec celles des pays occidentaux".

Le fait que les autorités aient décidé de différer l'édification du "barrage vert" a été bien accueilli à l'étranger. "Nous sommes satisfaits du report de ce dossier, qui s'inscrit dans une lutte plus vaste, historique, entre ouverture et répression, pas seulement en Chine mais aussi en Iran et en Corée du Nord", a déclaré Ed Black, le président de la Computer and Communications Industry Association (CCIA).

Les critiques chinois de ce projet ne se font pas d'illusions sur ce report : le communiqué du ministère de l'information utilise le mot "repousser", et non "arrêter". Et de fait, la mise en oeuvre du projet n'est qu'une question de temps, a prévenu jeudi le China Daily, le quotidien officiel destiné aux lecteurs anglophones.

Bruno Philip

 
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