La situation de ouigours

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Par la-croix.com / 2009

Président de la communauté ouïgoure de France, Yusufu Akbar, 43 ans, explique comment il a dû fuir précipitamment son pays, il y a sept ans

«Depuis une semaine, je ne vis plus. Je suis mort d’inquiétude pour ma femme et mon bébé de 18 mois né en France l’an dernier. Ils sont rentrés à Urumqi le 28 juin car ma belle-mère était mourante. Toutes les communications téléphoniques sont coupées et je ne peux plus la joindre. » Yusufu Akbar cache son angoisse comme il peut, mais parler de sa famille lui fait monter les larmes aux yeux. « La dernière fois que j’ai eu ma femme au téléphone, c’était le 3 juillet, je l’ai appelée et j’ai senti tout de suite l’inquiétude dans sa voix mais elle n’a pas osé me dire que la situation se tendait là-bas, deux jours avant les violences. De plus, la ligne pouvait être sur écoute car je suis président de la Communauté ouïgoure de France, fondée il y a tout juste un an (1). Les policiers chinois étaient déjà venus dans notre appartement d’Urumqi pour questionner mes beaux-parents. »

Cheveux noirs coupés court, les yeux clairs légèrement bridés, costume gris bien coupé, cet Ouïgour de 43 ans vit depuis fin 2002 en France mais n’ose pas s’exprimer en langue française, vivant plutôt en vase clos depuis sa fuite d’Urumqi, capitale du Xinjiang. « Non, le Xinjiang n’existe pas, c’est le nom que les Chinois ont donné à mon pays qui s’appelle le Turkestan oriental », corrige-t-il d’emblée par la voix d’un des deux interprètes ouïgours présents, Memet, 26 ans, et Nurgur, 24 ans, durant l’entretien qu’il a accordé à La Croix dans la grande banlieue parisienne.

Très engagé pour la cause ouïgoure, ce réfugié politique est né le « 22 mars 1966 dans l’hôpital numéro 2 d’Urumqi, dans une famille ouïgoure plutôt modeste mais urbaine. Mon père était professeur d’école primaire et nous vivions avec mes deux frères et ma sœur dans un petit appartement d’un quartier simple d’Urumqi. Sur la soixantaine de personnes de l’immeuble, seules quatre familles chinoises hans vivaient là, il y avait aussi d’autres minorités ouzbèkes et kazakhes, c’est tout. »

"J’ai réalisé petit à petit combien les Chinois nous avaient exploités"
À l’époque, Yusufu Akbar suit sa scolarité dans l’école n° 20 puis au lycée n° 14, les Ouïgours avec les Ouïgours, les Hans avec les Hans. « Je suivais les cours en ouïgour, les Chinois en mandarin. Mais j’avais 40 minutes de mandarin chaque jour, comme une langue étrangère. » Avec le recul, il reconnaît que les relations avec les Hans étaient bonnes. Il passe un diplôme de « stylisme » à 20 ans et travaille dans une usine textile. Puis il passe un concours pour devenir fonctionnaire des impôts.

« Tout était encore en langue ouïgoure dans les années 1980, se souvient-il. J’étais heureux et même fier, j’avais un uniforme, un statut, un prestige. Je suis rentré à la maison un soir et mon père a explosé de colère en me voyant en uniforme officiel chinois ! Il m’a dit : “Tu ne dois pas travailler dans cet uniforme de police chinois !” Ce jour-là j’ai compris quelque chose sur la situation de mon pays, l’intégration forcée, les inégalités, la pression fiscale sur les Ouïgours… J’ai démissionné du Bureau des impôts. » Il apprend ce soir-là que son père avait été envoyé en camp de rééducation par le travail en 1966 pour « activités séparatistes »…

Le jeune homme se lance dans le commerce de textile, obtient un visa « entrées multiples » de plus de six mois du Kazakhstan voisin et rencontre des responsables ouïgours qui militent pour une plus grande liberté et les droits de l’homme au Xinjiang. De son propre aveu, il aurait sorti du pays une liste « secret défense » de plusieurs milliers de prisonniers politiques enfermés au Xinjiang. « J’ai réalisé petit à petit combien les Chinois nous avaient exploités et combien ils profitaient de nous, en nous empêchant de pratiquer notre religion librement et nous “sinisant” progressivement ces dernières années. »

Le 17 octobre 2002, un ami lui téléphone : « Tu es démasqué, il faut que tu partes. » Le lendemain, sans pouvoir prévenir ses parents, il prend le premier vol pour Almaty (Alma Ata) au Kazakhstan, laissant sa femme et ses deux enfants, une fille de 2 ans et un fils de 9 ans. Un mois plus tard, il obtient un visa Schengen pour la France par des moyens qu’il ne souhaite pas dévoiler : « Il y a des gens spécialisés pour ça là-bas », lâche-t-il.

"Aidez-nous et soutenez-nous !"
Le 17 novembre 2002, il arrive à Paris. Soutenu par une association d’aide aux exilés, il fait une demande d’asile politique, travaille pour quelques centaines d’euros dans une société de restauration d’entreprise, vit avec trois autres personnes dans la chambre d’un foyer à Nanterre (Hauts-de-Seine), obtient son statut de réfugié politique en 2005 et peut faire venir sa famille en mai 2007.

Sa femme, archiviste à l’université de pédagogie du Xinjiang, avait été transférée à 70 kilomètres d’Urumqi lorsque le gouvernement avait su qu’il était en France. La famille enfin réunie, les enfants d’Akbar, le garçon désormais âgé de 16 ans et la fille de 10 ans, sont scolarisés et ils s’adapteraient « plutôt bien ». Sa femme a accouché en France d’un petit garçon le 13 février 2008 et elle apprend le français.

Aujourd’hui, ils sont à nouveau séparés. « Mais je suis le plus inquiet pour ma nation, insiste Yusufu Akbar. Les atrocités commises par les Chinois dépassent la réalité diffusée par les médias. Tout est chaotique, le sang des Ouïgours a coulé, de plus en plus de soldats arrivent d’autres provinces. Nous voulons récupérer notre pays ! »

L’émotion étrangle sa voix. Nurgur, la jeune interprète, pleure en silence et essuie pudiquement ses larmes, avant de lancer un appel à la France : « Aidez-nous et soutenez-nous ! Et que les Ouïgours de France ayant demandé l’asile politique l’obtiennent rapidement, c’est une question de survie pour eux ! » Il y aurait près de 400 étudiants ouïgours en France, dont 70 auraient demandé l’asile politique.

Dorian MALOVIC